Au cours de ce colloque, il a surtout été question d’outils dits « d’intelligence artificielle » embarqués dans des robots ou associés à des prothèses. Cependant lors des discussions ont été aussi évoqués les programmes visant à reproduire le fonctionnement de l’intelligence humaine.

Le programme de recherche européen « Human Brain » est à ce titre emblématique. Le but initial était principalement de reconstituer sur grâce des logiciels informatiques mimant des connexions cérébrales certains comportements du cerveau humain. Mais les promoteurs du projet sont rapidement devenus beaucoup moins ambitieux : de façon plus pragmatique, les objectifs ont été restreints à l’émulation de certaines des fonctionnalités cérébrales et au traitement de grands volumes de données, notamment dans le domaine de l’imagerie cérébrale et des neurosciences (la redéfinition de ces objectifs a d’aïlleurs a mis en évidence des divergences entre les spécialistes des sciences cognitives impliqués et les informaticiens qui voyaient dans ce projet un bel outil fédératif pour financer leurs travaux notamment sur les réseaux de neurones).

Au cours du colloque, il a été noté plusieurs fois que dès que l’intelligence artificielle est évoquée, l’homme est nécessairement présent à tous les niveaux : que ce soit le programmeur du logiciel ou celui qui interprète le résultat du programme ou vérifie sa cohérence. Même pour les robots autonomes, car lorsqu’un robot « décide » de faire une certaine action, c’est parce qu’il a été programmé par l’homme en vue de cette décision.

Par ailleurs, nous avons vu qu’il importe de prendre en compte les possibles défaillances du système. En effet aucune machine ne peut être assurée de ne jamais tomber en panne, ne serait-ce qu’à travers son alimentation électrique (or tout système de traitement de l’information a besoin d’énergie). Cette possibilité de défaillance a au moins deux conséquences. L’une est pratique : il convient de garder une trace du fonctionnement du système permettant d’analyser les causes d’un éventuel dysfonctionnement (recherches de responsabilités en cas de préjudice). L’autre conséquence est plus philosophique : il y a une différence irréductible entre la machine du type robot/ordinateur et l’homme (indépendamment de toute considération d’ordre spirituel). En effet, la caractéristique de l’homme (comme tout vivant) est de lutter contre la maladie et d’être destiné à mort, alors que la machine ne meurt pas, elle tombe en panne. C’est en cela que réside la fondamentale différence.

Enfin, nous pouvons remarquer que dans toute machine dotée d’une intelligence artificielle il y a une distinction nette entre la partie logicielle et la partie matérielle (hardware, capteurs, actionneurs, etc), alors que le lien entre le corps de l’homme et son intelligence – en prise avec le monde extérieur par les sens – est beaucoup plus intime. L’homme n’est-il pas composé d’un corps et d’une intelligence indissociables l’un de l’autre, notamment à travers la contemplation ?

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