Le retour des ‘preuves’ de l’existence de Dieu

Le livre ‘Dieu la science, les preuves‘ de M.-Y. Bolloré et O. Bonnassies a suscité de très nombreux commentaires. Certains de ceux-ci, dans le milieu catholique, ont butté sur le terme de ’preuve’, utilisé comme accroche dans le titre.
Or ce terme est polysémique et possède d’ailleurs toute une histoire. Dès le XIII° siècle, saint Thomas utilisait le mot ‘demonstrare’ pour l’appliquer à l’existence de Dieu, ce concept était lié à celui de preuve en tant que ’voie d’accés’ (on garde en mémoire les cinq voies de saint Thomas). Ce concept est aussi repris dans la déclaration du concile Vatican I disant que « Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées ». Soulignons brièvement que l’expression ‘peut être connu’ renvoie à une capacité de la raison, imparfaite et noble à la fois ; elle ne donne pas d’indications sur la façon dont on peut accéder à cette connaissance (l’Eglise se maintient ainsi à distance de deux points de vue : d’une part, la raison ne pourrait rien conclure sur Dieu et d’autre part, l’existence d’un premier principe serait évidente).
Dans le livre de Bolloré et Bonnassies, les différents sens du mot ‘preuve’ sont analysés au chapitre 2 (dédié à cet effet). Les auteurs rappellent que les preuves envisagées ici ne sont pas de type absolu et sont bien sûr sans rapport avec celles faites en sciences physiques (pas question d’une théorie devant être confirmée ou infirmée par des mesures expérimentales). Ici, la force de la preuve est seulement liée à « la qualité et au nombre des correspondances entre les implications de la théorie et le réel observable ». On pourrait parler de faisceau d’indices au sens de la recherche de la vérité par un magistrat dans une affaire criminelle.
Le livre propose donc quatre voies d’accès. Certes elles ne convaincront peut-être pas toutes le lecteur et, personnellement, si les considérations sur le réglage fin des constantes fondamentales de la physique ne m’ont pas convaincu, les trois autres voies m’ont beaucoup intéressé.
Les chapitres concernant la théorie du Big-Bang sont palpitants : avant une partie historique passionnante sur les adversaires du Big Bang, on rappelle les fondements de cette théorie. L’univers est dans un état de plus en plus dense et chaud à mesure que l’on remonte le temps ; et cela jusqu’au moment où les lois actuelles de la physique ne sont plus valables ; le temps (une des composantes de la trame quadridimensionnelle qu’est notre espace-temps) n’est plus défini à une certaine étape du passé. En deçà de 13,7 milliards d’années, « le temps tel que nous le connaissons n’existait pas encore ».
De même, la question du brusque passage de la matière inanimée à la matière vivante est un sujet de profondes interrogations. Comment s’est effectué ce passage il y a 3,8 milliards d’années, 500 millions d’années après l’apparition de la Terre ? Comme il est indiqué, « la cellule ne peut vivre sans ADN qui lui-même ne peut vivre indépendamment d’une cellule » ; dans toutes les cellules, les ribosomes (dont le constituant principal est l’ARN) sont les éléments producteurs de protéines et ces dernières sont indispensables « pour construire un ribosome ». On notera la citation du microbiologiste F. Harold « l’origine de la vie semble toujours aussi incompréhensible, une question pour l’émerveillement ! ».
Bien sûr, la première partie du livre ne concerne que dieu en tant que premier principe ou grand horloger, pour parler comme les Lumières. C’est pourquoi, il est très opportun de trouver une seconde partie dans laquelle on revient vers le Dieu de la Révélation, par exemple à travers la contemplation de la façon dont la venue du Fils avait été prophétisée.
La lecture de ce livre permet donc d’aborder d’utiles questions sur l’origine du cosmos et de la vie. L’exercice de la raison est y mobilisé pour regarder vers de hautes réalités : « la foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité » comme nous le rappelait saint Jean-Paul II dans sa magistrale encyclique de 1998.

Rémi Sentis, directeur de recherche émérite

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Une réflexion sur “Le retour des ‘preuves’ de l’existence de Dieu

  1. Bonjour, Membre récent de votre Association j’ai l’honneur de vous informer que les Editions ST Honore viennent de faire paraître mon Essai « Les scientifiques et Dieu » (ISBN 978-2-407-02464-3), préfacé par Mgr Bernard Barsi, Archevêque Emérite de Monaco.
    J’ai beaucoup travaillé dans ce domaine lorsque j’étais Professeur des universités (Nice).

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